La loi sur la stabilisation et la restructuration des entreprises ouvre de nouvelles voies de restructuration en dehors de la procédure d'insolvabilité pour les entreprises en difficulté.
Table des matières
- Un changement de paradigme en droit allemand de la restructuration
- Objectif et philosophie du StaRUG
- Champ d'application
- Qui peut recourir au StaRUG ?
- Les principaux instruments du StaRUG
- 1. Plan de restructuration (§§ 5-28 StaRUG)
- 2. Vote sur le plan
- 3. Ordonnance de stabilisation (§§ 49-59 StaRUG)
- 4. Commissaire à la restructuration (§§ 73-83 StaRUG)
- La détection précoce des crises comme nouvelle obligation
- § 1 StaRUG : devoirs de la direction
- Comparaison avec l'insolvabilité
- Avantages du StaRUG par rapport à l'insolvabilité
- Conclusion
Un changement de paradigme en droit allemand de la restructuration
Le 1er janvier 2021, la loi sur le cadre de stabilisation et de restructuration des entreprises (StaRUG) est entrée en vigueur. Elle transpose la directive européenne sur la restructuration en droit allemand et crée pour la première fois un cadre juridique complet pour la restructuration préventive.
Objectif et philosophie du StaRUG
Le StaRUG permet aux entreprises en difficulté financière, mais pas encore en état d'insolvabilité, de se restructurer sans recourir à une procédure formelle d'insolvabilité. L'avantage : la restructuration s'effectue sous la direction de l'entreprise elle-même, et non sous le contrôle d'un administrateur judiciaire.
Champ d'application
Qui peut recourir au StaRUG ?
Le StaRUG est en principe ouvert à toutes les entreprises qui :
- Sont menacées d'incapacité de paiement (§ 18 InsO), c'est-à-dire qui deviendront vraisemblablement incapables de payer dans un délai de 24 mois
- Ne sont pas encore en cessation de paiements au sens du § 17 InsO
- Ne sont pas encore en surendettement au sens du § 19 InsO
Important : lorsque la cessation de paiements ou le surendettement est déjà constaté, le StaRUG n'est plus applicable. Dans ces cas, l'obligation de déposer une demande d'ouverture de procédure d'insolvabilité s'impose.
Les principaux instruments du StaRUG
1. Plan de restructuration (§§ 5-28 StaRUG)
La pièce maîtresse du StaRUG est le plan de restructuration. Il permet la restructuration ciblée des engagements contre la volonté de certains créanciers, sous réserve que les majorités requises soient atteintes.
Le plan de restructuration peut prévoir les mesures suivantes :
- Report, réduction ou remise totale de créances
- Conversion de créances en capital (debt-to-equity swap)
- Modification des conditions des contrats de financement
- Atteinte aux sûretés
2. Vote sur le plan
Les créanciers sont répartis en groupes et votent sur le plan par groupe. Au sein de chaque groupe, une majorité de 75 pour cent des droits de vote est requise. Un cross-class cram-down est possible lorsque le consentement d'un groupe fait défaut.
3. Ordonnance de stabilisation (§§ 49-59 StaRUG)
Le tribunal de la restructuration peut, sur demande du débiteur, rendre une ordonnance de stabilisation. Celle-ci peut comprendre :
- Moratoire d'exécution : les créanciers sont temporairement empêchés de faire exécuter leurs créances
- Moratoire de réalisation : les biens donnés en garantie ne peuvent être réalisés
L'ordonnance est limitée à un maximum de trois mois et peut être prolongée jusqu'à quatre mois.
4. Commissaire à la restructuration (§§ 73-83 StaRUG)
Le tribunal peut nommer un commissaire à la restructuration qui veille aux intérêts des créanciers et supervise le processus de restructuration. Dans certains cas, la nomination est obligatoire, notamment en cas d'ordonnance de stabilisation ou de cross-class cram-down.
La détection précoce des crises comme nouvelle obligation
§ 1 StaRUG : devoirs de la direction
Le StaRUG a également une portée en dehors des cas concrets de restructuration. Conformément au § 1 StaRUG, les membres de la direction sont tenus de surveiller en permanence les évolutions susceptibles de menacer la pérennité de l'entreprise. Lorsque de telles évolutions sont identifiées, des mesures correctives appropriées doivent être prises.
Cette obligation de détection précoce des crises s'applique à toutes les sociétés à responsabilité limitée, quelle que soit leur taille. Le manquement à cette obligation peut engager la responsabilité personnelle des dirigeants.
Comparaison avec l'insolvabilité
Le StaRUG complète le droit de l'insolvabilité mais ne le remplace pas :
- StaRUG : pour les entreprises menacées d'incapacité de paiement. Restructuration sous gestion propre. Procédure non publique.
- Insolvabilité en gestion propre (§§ 270 ff. InsO) : pour les entreprises insolvables. Restructuration sous surveillance d'un contrôleur. Procédure publique.
- Insolvabilité de droit commun : pour les entreprises insolvables. L'administrateur judiciaire prend en charge la gestion.
Avantages du StaRUG par rapport à l'insolvabilité
- Pas de publicité : la procédure n'est pas publique, ce qui protège l'activité commerciale et les relations clients
- Gestion propre : l'équipe dirigeante conserve le contrôle
- Implication sélective des créanciers : seuls les créanciers concernés par le plan sont impliqués
- Pas de stigmatisation : éviter le terme « insolvabilité » peut être déterminant pour le maintien des relations commerciales
Conclusion
Le StaRUG est un instrument puissant pour les entreprises en crise. Il permet une restructuration précoce et discrète avant que l'insolvabilité ne survienne. La condition préalable est toutefois que la crise soit reconnue à temps et que la capacité de restructuration soit avérée. Un conseil précoce par des conseillers expérimentés en restructuration est la clé du succès.