La loi sur le devoir de vigilance dans les chaînes d'approvisionnement (LkSG) ne concerne pas uniquement les grands groupes. Les PME, en tant que fournisseurs, doivent également remplir des obligations de vigilance. Tour d'horizon des obligations, des risques et des étapes pratiques de mise en œuvre.
Table des matières
- Loi sur le devoir de vigilance dans les chaînes d'approvisionnement (LkSG) : ce que les PME doivent savoir
- Champ d'application et seuils
- Entreprises directement assujetties
- Impact indirect sur les PME
- Les cinq obligations fondamentales du LkSG
- 1. Analyse des risques (§ 5 LkSG)
- 2. Mesures préventives (§ 6 LkSG)
- 3. Mesures correctives (§ 7 LkSG)
- 4. Procédure de réclamation (§ 8 LkSG)
- 5. Obligation de rapport (§ 10 LkSG)
- Droits et standards protégés
- Le BAFA comme autorité d'exécution
- Amendes et sanctions
- Responsabilité civile
- Mise en place pratique d'un système de gestion de la conformité
- Étape 1 : Établir une structure de gouvernance
- Étape 2 : Systématiser l'analyse des risques
- Étape 3 : Opérationnaliser la prévention
- Étape 4 : Garantir la documentation
- Perspectives : du LkSG à la directive européenne CSDDD
- Conclusion
Loi sur le devoir de vigilance dans les chaînes d'approvisionnement (LkSG) : ce que les PME doivent savoir
Depuis le 1er janvier 2023, la loi sur le devoir de vigilance dans les chaînes d'approvisionnement (LkSG) est en vigueur -- d'abord pour les entreprises comptant au moins 3 000 salariés, puis depuis le 1er janvier 2024 pour celles comptant 1 000 salariés et plus. Toutefois, ses effets s'étendent bien au-delà de son champ d'application direct : les fournisseurs et partenaires commerciaux de taille intermédiaire sont indirectement concernés et doivent s'adapter aux nouvelles exigences.
Dans cet article, nous présentons les obligations essentielles du LkSG, identifions les pièges les plus courants et formulons des recommandations pratiques pour la mise en place d'un système de gestion de la conformité efficace.
Champ d'application et seuils
Entreprises directement assujetties
Le LkSG s'applique aux entreprises dont le siège principal, l'établissement principal, le siège administratif ou le siège statutaire est situé en Allemagne. Les seuils applicables sont :
- À compter du 1er janvier 2023 : Entreprises comptant au moins 3 000 salariés en Allemagne
- À compter du 1er janvier 2024 : Entreprises comptant au moins 1 000 salariés en Allemagne
Lors du calcul du nombre de salariés, les travailleurs détachés à l'étranger et les intérimaires sont pris en compte dès lors que la durée de mission dépasse six mois.
Impact indirect sur les PME
Même si votre entreprise n'atteint pas les seuils, vous pouvez être indirectement concerné en tant que fournisseur ou prestataire de services. Les entreprises assujetties répercutent leurs obligations de vigilance sur leur chaîne d'approvisionnement par le biais de clauses contractuelles, de codes de conduite et d'exigences d'audit. En pratique, cela signifie :
- Engagements contractuels relatifs aux standards en matière de droits humains et d'environnement
- Questionnaires et auto-évaluations sur les structures de conformité
- Droits d'audit et inspections sur site par les clients ou des tiers mandatés
- Évaluations fournisseurs intégrant des critères de conformité
Les cinq obligations fondamentales du LkSG
1. Analyse des risques (§ 5 LkSG)
L'analyse des risques constitue le fondement de toutes les autres obligations de vigilance. Elle doit être réalisée au moins une fois par an ainsi qu'en cas d'événement déclencheur et comprend :
- L'identification des risques liés aux droits humains et à l'environnement dans le périmètre propre de l'entreprise et chez les fournisseurs directs
- La pondération et la hiérarchisation des risques identifiés selon leur gravité, leur probabilité de survenance et la capacité d'influence de l'entreprise
- La documentation des résultats et leur communication aux décideurs compétents
Conseil pratique : utilisez des indices de risques sectoriels et des rapports nationaux sur les droits humains comme point de départ. Les lignes directrices du BAFA offrent une orientation méthodologique utile.
2. Mesures préventives (§ 6 LkSG)
Sur la base de l'analyse des risques, des mesures préventives appropriées doivent être mises en œuvre :
- Déclaration de principe de la direction sur la stratégie en matière de droits humains et d'environnement
- Ancrage dans les processus internes, notamment dans les achats et la sélection des fournisseurs
- Formation des collaborateurs concernés
- Engagements contractuels vis-à-vis des fournisseurs directs
- Mécanismes de contrôle basés sur les risques pour vérifier le respect des obligations
3. Mesures correctives (§ 7 LkSG)
Lorsqu'une violation des obligations en matière de droits humains ou d'environnement est constatée, l'entreprise doit prendre immédiatement des mesures correctives :
- Dans son propre périmètre : La violation doit être immédiatement cessée.
- Chez les fournisseurs directs : Élaboration et mise en œuvre d'un plan correctif concret avec un calendrier et des jalons.
- En dernier recours : Rupture de la relation commerciale en cas de violations graves et si aucune mesure moins radicale ne s'avère efficace.
4. Procédure de réclamation (§ 8 LkSG)
Chaque entreprise assujettie doit mettre en place une procédure de réclamation permettant aux personnes concernées de signaler des risques ou des violations en matière de droits humains ou d'environnement. Les exigences concrètes sont :
- Accessibilité pour les personnes potentiellement concernées dans l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement
- Confidentialité et protection des lanceurs d'alerte contre les représailles
- Règlement de procédure transparent avec des délais et des responsabilités clairement définis
- Impartialité des personnes chargées du traitement
- Contrôle régulier de l'efficacité au moins une fois par an
5. Obligation de rapport (§ 10 LkSG)
Les entreprises assujetties doivent établir un rapport annuel sur l'accomplissement de leurs obligations de vigilance et le publier sur leur site internet au plus tard quatre mois après la clôture de l'exercice. Le rapport doit rester accessible gratuitement pendant au moins sept ans et est également transmis au BAFA.
Droits et standards protégés
Le LkSG protège un large éventail de droits humains et de standards environnementaux dérivés de conventions internationales :
Droits humains protégés :
- Interdiction du travail des enfants et du travail forcé
- Interdiction de la discrimination et de l'inégalité de traitement
- Droit à un salaire équitable et à un temps de travail raisonnable
- Santé et sécurité au travail
- Liberté d'association et droit à la négociation collective
- Protection contre l'accaparement illicite de terres
Obligations environnementales :
- Interdiction de la fabrication, de l'utilisation et de l'élimination du mercure (Convention de Minamata)
- Interdiction de la production et de l'utilisation de polluants organiques persistants (Convention de Stockholm)
- Interdiction de l'importation et de l'exportation de déchets dangereux (Convention de Bâle)
Le BAFA comme autorité d'exécution
L'Office fédéral de l'économie et du contrôle des exportations (BAFA) est responsable du contrôle et de l'exécution du LkSG. Ses pouvoirs comprennent :
- L'examen des rapports annuels et des contrôles ponctuels
- Des injonctions pour faire respecter les obligations légales
- L'imposition d'amendes en cas d'infractions
- L'exclusion des marchés publics pour une durée maximale de trois ans
Amendes et sanctions
Les montants des amendes prévues par le LkSG sont considérables et, pour les entreprises réalisant un chiffre d'affaires annuel supérieur à 400 millions d'euros, sont calculés sur la base du chiffre d'affaires mondial du groupe :
- Jusqu'à 8 millions d'euros ou jusqu'à 2 % du chiffre d'affaires annuel mondial en cas de violations graves
- Exclusion des marchés publics conformément au § 22 LkSG pour une durée maximale de trois ans lorsque l'amende dépasse un montant minimum déterminé
Responsabilité civile
Le LkSG n'établit expressément aucune responsabilité civile autonome aux termes du § 3 Abs. 3 LkSG. Toutefois, la responsabilité selon le droit commun (§§ 823 ff. BGB, § 831 BGB) demeure applicable. Le débat politique sur une extension de la responsabilité civile se poursuit dans le cadre de la directive européenne CSDDD.
Mise en place pratique d'un système de gestion de la conformité
Étape 1 : Établir une structure de gouvernance
- Désignation d'un responsable des droits humains (§ 4 Abs. 3 LkSG)
- Ancrage des responsabilités dans l'organigramme
- Reporting régulier à la direction
Étape 2 : Systématiser l'analyse des risques
- Constitution d'une base de données fournisseurs avec des informations pertinentes en matière de risques
- Développement d'un modèle de scoring par pays, secteur et produit
- Mise à jour régulière et révision ponctuelle
Étape 3 : Opérationnaliser la prévention
- Intégration de critères de durabilité dans les politiques d'achat et les contrats fournisseurs
- Réalisation d'audits fournisseurs et d'auto-évaluations
- Mise en place de programmes de formation pour les services achats, conformité et direction
Étape 4 : Garantir la documentation
- Documentation exhaustive de toutes les mesures, décisions et évaluations
- Conservation de tous les documents pendant au moins sept ans
- Utilisation d'outils numériques pour le suivi de la chaîne d'approvisionnement
Perspectives : du LkSG à la directive européenne CSDDD
La directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) devrait renforcer et élargir les exigences du LkSG. Les principales différences :
- Champ d'application élargi couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur (et non les seuls fournisseurs directs)
- Responsabilité civile des entreprises en cas de manquement
- Obligations de vigilance liées au climat incluant un plan de transition
- Seuils plus bas que dans le LkSG allemand
Les entreprises qui mettent en place dès maintenant un système de conformité LkSG robuste se dotent d'une base solide pour répondre aux futures exigences européennes.
Conclusion
La loi sur les chaînes d'approvisionnement confronte les entreprises à des défis organisationnels et documentaires considérables. Les PME en particulier, intégrées en tant que fournisseurs dans des chaînes de valeur, devraient mettre en place précocement leurs propres structures de conformité afin de rester compétitives et de satisfaire aux exigences contractuelles de leurs clients.
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